Charles Baudelaire

Spleen

Les Fleurs du Mal

 

 

 

 

v.1        Quand le ciel bal et lourd pèse comme un couvercle

            Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

            Et que de l’horizon embrassant tout le cercle

            Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

 

v.5       Quand la terre est changée en un cachot humide,

            Où l’espérance, comme une chauve-souris,

            S’en va en battant les murs de son aile timide

            Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

 

            Quand la pluie étalant ses immenses traînées

v.10     D’une vaste prison imite les barreaux,

Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fonds de nos cerveaux,

 

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

v.15     Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

 

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,

Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,

v.20     Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

 

 

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